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  • REDA, mon ami, mon petit frère

    J’ai atteint 60 ans et tu n’en avais que la moitié. Comment éviter les banalités en ces jours sombres et sans espoir ? Tu n’as rien vu, tu n’as jamais su l’inéluctabilité, seule la bienfaisance était ton aisance, l’absurdité une étrangeté.

    Jeune, trop jeune, bien trop jeune, tu ne devais pas partir sans nous réunir pour finir, cette foutue vie sans avenir, aussi désespérante qu’un rocher qu’on remonte sans fin pour finir écrasé d’épuisement. Sisyphe était un jeune homme.

    Epuisé à 30 ans, déjà fourbu tu vacilles, tes jambes se dérobent, ton sourire éternel s’estompe, les jambes ne te tiennent plus et déjà ton esprit batifole. Aux risques d’un délire tu dis le prénom d’un fils, un chiffre improbable 103 et tu pars doucement.Ton corps s’évanouit, lentement, presque tendrement. Déjà tu sens la béatitude, la sérénité, la délivrance dans un instant qui se prolonge et que les hommes tenteront de rendre infini.

    Des hommes et des femmes désespèrent, s’accrochent, se révoltent. Consciencieusement ils malaxent ton corps alangui qui a déjà froid. Non c’est l’air qui est trop chaud et nous assomme d’une bouffée qui déborde, et des yeux qui se plissent laissant couler un petit flot de muqueuses. Chaudes larmes apaisantes qui s’évanouissent froides sur des mentons qui disent non.

    Tu nous sens désespérés et tu pars comme dans une apnée des profondeurs, celle qui enivre et dérive dans un plaisir inextinguible. Et les machines continuent leur va et vient, ne t’inquiète pas, elles s’épuiseront de ton désir d’en finir et de vivre seulement de nos pensées. Animation des morts, résurrection d’images heureuses, ta vie se poursuit à travers ces souffles de vie qui s’étirent sans fin.

    Autour de toi, l’algérien ne fait plus le malin, il tempère, le portugais désespère, s’enquiert, le marocain ne peut plus penser, et le juif a les yeux hagards et qui cherchent vers l’infini tandis que la France vacille.

    Belle communauté de différences et si semblable comme une géométrie qui s’organise autour du pourquoi, comment, quand ? Une assemblée qui interroge et s’interroge, se tourne et se retourne, se nourrit de l’autre, assoiffée de toi et tu pars doucement.

    Au petit matin elle se lève et se dirige vers la piscine. Elle trouve ici et là une chaussure, une chaussette, deux peut-être, ta carte bleue dans l’herbe froide et enfin toi, allongé, endormi profondément après une joyeuse nuit d’ivresse. Tu as la moitié de mon âge et ta jeunesse m’enchante de sa liberté. Tu te lèveras fort tard, insensible aux bruits qui déjà t’entourent et de ta voix grave tu égaieras nos journées inutiles et languissantes. Déjeuners tardifs que tu affoles de gestes amples et de rires spontanés.

    Et maintenant tu appartiens à un monde qui ne t’a pas vu et qui continue. Et pourtant tu fus exceptionnel pour nous.

    Notre révolte s’atténuera et s’apaisera pour vivre avec toi, en nous, pour chacun de nous. Et toi tu pars doucement en nous laissant là et las. Aujourd’hui, plus rien n’a d’importance, tu nous inspires un désir de vie plus apaisant, surement plus complaisant.

    Tu resteras là, au creux de mes bras injustement vieillissants, mon éternel jeune ami heureux et plein de vie. Tu es parti doucement, tendrement…

    Putain de bacille, virus, pauvre peti microbe qui crée la torpeur, l’évanescence. Ton esprit restera doucement et tendrement, bienveillant, comme un compagnon de toujours.

    Ta petite maman, ta petite soeur, elles seules ont encore besoin de ta présence riante. Nous vivions un amour différent et demain nous vivrons un joyeux souvenir de tous les instants.


  • Racisme. les politiques doivent faire de la politique

    Le racisme semble le phénomène le mieux partagé dans le monde et repose principalement sur le rejet de la différence. Pour simplifier ces différences sont au nombre de quatre : la couleur de la peau, la religion et la nationalité et … la simple différence.

    Il semble naturel pour les français de détester ses voisins, allemands, anglais au nom de l’histoire et de ses batailles de territoire, mais ce n’est pas celui qui nous atteint le plus aujourd’hui.

    Il existe également des racismes qui ne se justifient pas de manière rationnelle, il en est ainsi des japonais, un des peuples le plus antisémites depuis des années alors qu’aucun juif ne réside dans ce pays. On le trouve dans les pays de l’est à l’encontre de la population noire alors qu’il n’y existe pas d’histoire coloniale de l’Afrique. Il existe aussi en Algérie contre les africains subsahariens, noirs là aussi.

    Mais il existe également à Cuba où l’on cherche en vain des dirigeants noirs, malgré leur immense majorité dans la population et leur soit disant credo marxiste. Il existe dans des pays qui se constituent comme en Israël opposant ashkénazes contre sépharades eux mêmes, pour la majorité, contre des palestiniens dont la culture est si proche, vu d’Occident. Il existe en Roumanie contre les Roms.

    Il existe enfin un racisme au sein des nations qui n’accepte pas le riche, le pauvre, la femme, l’handicapé, l’homosexuel, l’albinos, le communiste, le franc maçon, le laid. Tout cela peut s’assimiler au racisme ordinaire qui nous fait rejeter ce qu’on ne comprend pas de manière immédiate.

    C’est la culture qui en viendra à bout.

    Ce racisme s’exprime sur le marché de l’emploi en rejetant les personnes d’origine immigrée comme quand un groupe de jeunes immigrés agresse un autre jeune blanc, ordinaire, parce qu’il représente ceux qui les rejettent

    RACISME
    Affiche Front National 2007. Une ambiguïté entretenue.

    Le racisme est donc un phénomène purement irrationnel, largement partagé. On a essayé de le rationnaliser dans les années trente, mesurant les crânes, les proportions, les cerveaux mais en vain.

    Ce ne semble pas sui-generis puisque les enfants jusqu’en classe maternelle n’arrivent pas à déterminer une différence vis des autres enfants si ce n’est avec celui qui accapare un jouet convoité.

    Le racisme doit s’exclure de lui même dans une démocratie, car son avènement ne serait que la source de conflits graves et sans fin au risque d’une insécurité généralisée. Et la sécurité des personnes, quelle qu’elles soient est une condition de la démocratie opérante. Cette sécurité n’est plus assurée à partir du moment ou on laisse s’exprimer le refus de l’autre.

    Le racisme en France s’exprime contre les immigrés. Mais lesquels ? les italiens qu’on ratonnait au début du 20 ème siècle dans la Région Marseillaise et dont les descendants se présentent sur les listes du Front National dans cette même région ? les Espagnols qu’on imaginait que dans des emplois de chantier ou de femmes de ménage et qui deviennent Ministre ? Les arabes, les musulmans, les noirs alors que les personnalités les plus aimées des français sont toutes d’origine immigrée ?

    Le racisme s’exprime ouvertement, faisant abstraction de la culture, car il est légitimé par le discours ordinaire de nos dirigeants politiques, c’est la paresse de la pensée.

    Il a été légitimé par la Droite, qui, pleine de sous entendus, a mené une campagne électorale présidentielle, aux relents d’exclusion des immigrés. Il a été mené par NKM qui vilipende les Roms près des écoles du 7ème arrondissement alors qu’ils n’y sont pas présents. Ses fins sont purement électorales et la droite républicaine s’en est offusquée.

    Il est légitimé par la Gauche au pouvoir, qui a la fierté d’expulser des Roms sous les applaudissements de la foule; il est légitimé par la Gauche et son absence de réaction aux actes racistes qui se multiplient mais attend un titre de Minute pour réagir, alors que Christiane Taubira a été montrée du doigt par Jean François Coppé dès son arrivée à la magistrature, a été la cible des manifestants contre le mariage pour tous.

    On ne s’étonnera pas d’entendre ces ignominies de la part de la droite anti démocratique, de l’extrême droite, mais on s’étonnera que des forces démocratiques fassent silence, comme honteux face aux sondages d’opinion. Cette extrême droite qui manie les ambiguïtés et les paradoxes pour mieux tromper l’électorat. Les dirigeants républicains n’osent l’affronter.

    Ce qui fait que Hollande devient impopulaire, ce n’est pas qu’il soit porteur d’idées dites de gauche, mais le simple fait qu’il n’ait aucun courage politique. L’acceptation du retour en France de Leonarda sans sa famille, en est une parfaite illustration. Même la population de cette gauche ne s’y reconnaît pas et le rejette dans les sondages. Celle ci ne se mobilisera pas dans l’immédiat par crainte d’amalgame électoral.

    Le racisme ne sera combattu que par la droite et la gauche républicaines et démocratiques. Cette droite qui a su réagir lors des grands moments historiques que sont la seconde guerre mondiale et la guerre d’Algérie, mais qui se tait aujourd’hui.

    C’est face au silence assourdissant des femmes et hommes politiques, démocrates et républicains, que se développe un racisme rampant qui maintenant s’exprime ouvertement et sans auto censure.

    Ce n’est pas la population mais l’idéologie dominante à travers ses médias, qui exprime ce rejet de l’autre, c’est plus vendeur que les trains qui arrivent à l’heure.

    L’exigence des démocrates c’est la paix, la sécurité, et le courage politique, mais le territoire politique est abandonné au profit de l’économique qu’ils ne maitrisent même pas.

    Il est nécessaire que les politiques fassent de la politique sans honte et qu’ils acceptent les mouvements prévisibles et incontournables du monde qu’ils parlent enfin politique.

    Il suffirait qu’on commémore dignement la seconde guerre mondiale, par deux minutes de silence et d’immobilité, comme en Israël, car cet évènement a parfaitement illustré cette césure qui continue à gangréner le monde. Cette commémoration célèbrerait la liberté et la vie alors que celle de la première guerre ne peut que consacrer la mort injuste des soldats sur un front qui n’élève pas.

    Bien sur il convient de se remémorer ces centaines de milliers de morts inutiles et souvent sacrifiés au nom de la patrie, mais il convient d’honorer ces morts utiles frappés par le fascisme, qui tente de renaître de ses cendres. Les politiques doivent avant tout savoir mesurer les priorités et l’urgence, c’est leur vocation, sinon c’est une dangereuse paresse de la pensée.

    On peut lire : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/13/le-racisme-est-le-propre-de-l-homme_3512901_3232.html