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  • Honte à ma patrie

    Ce soir, la révolte nous gagne.

    Seule la droite, sait lire les journaux qui nous ont indiqué que cette élection européenne verrait le Front National à la première place. Alors ils sont allés voter. Presqu’un électeur sur 2 s’est abstenu. 1 sur 8 a voté FN.

    La crainte d’une victoire du Front National, n’a fait peur à personne, parce que tout le monde s’en fout. Ce monde du travail et des jeunes veut inconsciemment la politique du pire. Celle qui consiste, non pas en une abstention volontaire, révolutionnaire par refus des institutions établies, le parlement, la présidence, mais celle de l’indifférence, de l’égoïsme naturel des hommes et des femmes.

    Les abstentionnistes d’aujourd’hui acceptent les règles de la démocratie, ils ont eu 25 candidatures, toutes différentes, ils n’avaient pas le choix entre 2 listes, ni 3 mais 25, allant même jusqu’à ceux qui souhaitaient réhabiliter les joints.

    deuil

     

    Eh bien ils sont allés à Houlgate, dans les calanques de Sormiou, gouter les premiers frémissements de printemps. Mais pourquoi cette indifférence ?

    Ils ont, il est vrai, voté pour un candidat dont l’ennemi était la finance, et qui a su si bien la réhabiliter et installer une logique de critères budgétaires au mépris de ses engagements auxquels ils ont cru.

    Ils se sont abstenus aux Municipales pour confirmer leur désaveu et se sont vus imposer un nouveau premier ministre encore plus à droite, c’est à dire l’inverse de ce qu’ils souhaitaient.

    Alors ils se sont encore abstenus aux européennes, pour insister sur leur désaveu et M Valls leur a encore dit au vue du résultat des élections européennes, qu’il maintiendrait et développerait cette politique qu’ils récusent.

    Il est vrai que c’est à plus rien y comprendre. Il est vrai que certains osent dire que Hollande a un grand intérêt à un front national fort pour avoir des chances de l’emporter au second tour des présidentielles, comme Chirac en 2002. Mauvaises langue.

    Jour après jour, des affaires de tous les camps politiques font florès. Ils n’en ont plus rien à foutre de cette politique qui les épuise et les méprise. Ils n’ont même pas entendus ou lus la presse qui les a alertés.

    Ils avaient 25 listes, pas une n’a retenu leur attention, d’ailleurs ils ne les connaissaient pas et moi non plus. Là, la presse les a négligés. Ils sont sélectifs, ils n’ont retenu que ce que la presse leur a dit : il y a toujours eu une forte abstention à cette élection, donc ils n’ont pas démentis. Ils ont suivi sans même faire attention aux alertes de risque, qu’elle a semé ces derniers jours. Ce jour de printemps était trop beau.

    Alors, à force de jouer, les dirigeants ont tué la démocratie, celle qui fait dire que le peuple est représenté, n’a plus aucune  aspérité. Ils ont tué les principes de représentation en ne représentant qu’eux mêmes, et leurs petits intérêts égoïstes, minuscules, au regard de l’intérêt général. Au secours JJ Rousseau.  Encore un Jean Jacques, ils s’en foutent de ce Jean Jacques.

    Les idéaux européens n’ont pas recueilli leurs suffrages, d’ailleurs qu’y a t il d’idéal, quand on ne parle que budget, contraintes, obstacles incontournables, sans oser le rêve et la fulgurance du combat des valeurs . Qu’y a t il de rêve quand tout un chacun déclare que cette Europe nous  oblige,  règle nos vies de manière bureaucratique, nous enserre et aujourd’hui nous rétrécit alors que plusieurs de nos générations ont péri au nom d’une patrie illusoire, qui ne s’appuie que sur des intérêts économiques de quelques uns ou des désirs irrépressibles d’impérialisme.

    Un peu de rêve alors que les extrémistes ne font qu’entretenir ces mauvaises pulsions que tout un chacun a déjà rencontré. A force de volonté de réalité et de réalisme qu’ils entretiennent avec le clin d’oeil de complicité de ceux qui savent et se ravissent dans un secret partagé.

    Ils n’ont rien contre les juifs, les immigrés, les intellectuels, les assistés, les roms, les communistes, les écologistes, les gauchistes, les socialistes, mais il faut reconnaître que ……..

    Mais la suite sera ce qu’en feront ces abstentionnistes qui s’en foutent.

    Heureusement une leçon des peuples qui souffrent au Portugal, en Grèce, en Italie nous a été donnée. Je reste Européen avec eux et je veux rester fier de ma patrie qui se délite à nouveau dans un pétainisme qui craint le progrès, objet des combats nécessaires.  On dit que l’histoire ne repasse pas les plats.

    REDA, ils t’ont déjà oublié.

     

     

     

     


  • REDA, mon ami, mon petit frère

    J’ai atteint 60 ans et tu n’en avais que la moitié. Comment éviter les banalités en ces jours sombres et sans espoir ? Tu n’as rien vu, tu n’as jamais su l’inéluctabilité, seule la bienfaisance était ton aisance, l’absurdité une étrangeté.

    Jeune, trop jeune, bien trop jeune, tu ne devais pas partir sans nous réunir pour finir, cette foutue vie sans avenir, aussi désespérante qu’un rocher qu’on remonte sans fin pour finir écrasé d’épuisement. Sisyphe était un jeune homme.

    Epuisé à 30 ans, déjà fourbu tu vacilles, tes jambes se dérobent, ton sourire éternel s’estompe, les jambes ne te tiennent plus et déjà ton esprit batifole. Aux risques d’un délire tu dis le prénom d’un fils, un chiffre improbable 103 et tu pars doucement.Ton corps s’évanouit, lentement, presque tendrement. Déjà tu sens la béatitude, la sérénité, la délivrance dans un instant qui se prolonge et que les hommes tenteront de rendre infini.

    Des hommes et des femmes désespèrent, s’accrochent, se révoltent. Consciencieusement ils malaxent ton corps alangui qui a déjà froid. Non c’est l’air qui est trop chaud et nous assomme d’une bouffée qui déborde, et des yeux qui se plissent laissant couler un petit flot de muqueuses. Chaudes larmes apaisantes qui s’évanouissent froides sur des mentons qui disent non.

    Tu nous sens désespérés et tu pars comme dans une apnée des profondeurs, celle qui enivre et dérive dans un plaisir inextinguible. Et les machines continuent leur va et vient, ne t’inquiète pas, elles s’épuiseront de ton désir d’en finir et de vivre seulement de nos pensées. Animation des morts, résurrection d’images heureuses, ta vie se poursuit à travers ces souffles de vie qui s’étirent sans fin.

    Autour de toi, l’algérien ne fait plus le malin, il tempère, le portugais désespère, s’enquiert, le marocain ne peut plus penser, et le juif a les yeux hagards et qui cherchent vers l’infini tandis que la France vacille.

    Belle communauté de différences et si semblable comme une géométrie qui s’organise autour du pourquoi, comment, quand ? Une assemblée qui interroge et s’interroge, se tourne et se retourne, se nourrit de l’autre, assoiffée de toi et tu pars doucement.

    Au petit matin elle se lève et se dirige vers la piscine. Elle trouve ici et là une chaussure, une chaussette, deux peut-être, ta carte bleue dans l’herbe froide et enfin toi, allongé, endormi profondément après une joyeuse nuit d’ivresse. Tu as la moitié de mon âge et ta jeunesse m’enchante de sa liberté. Tu te lèveras fort tard, insensible aux bruits qui déjà t’entourent et de ta voix grave tu égaieras nos journées inutiles et languissantes. Déjeuners tardifs que tu affoles de gestes amples et de rires spontanés.

    Et maintenant tu appartiens à un monde qui ne t’a pas vu et qui continue. Et pourtant tu fus exceptionnel pour nous.

    Notre révolte s’atténuera et s’apaisera pour vivre avec toi, en nous, pour chacun de nous. Et toi tu pars doucement en nous laissant là et las. Aujourd’hui, plus rien n’a d’importance, tu nous inspires un désir de vie plus apaisant, surement plus complaisant.

    Tu resteras là, au creux de mes bras injustement vieillissants, mon éternel jeune ami heureux et plein de vie. Tu es parti doucement, tendrement…

    Putain de bacille, virus, pauvre peti microbe qui crée la torpeur, l’évanescence. Ton esprit restera doucement et tendrement, bienveillant, comme un compagnon de toujours.

    Ta petite maman, ta petite soeur, elles seules ont encore besoin de ta présence riante. Nous vivions un amour différent et demain nous vivrons un joyeux souvenir de tous les instants.